Pendant longtemps, l'idée même de vacances ou de séjour loin du domicile familial n'était réservée qu'à des personnes qui ne travaillaient pas, une élite et donc cela ne concernait que peu de monde. Retour en cinq minutes pour tout comprendre sur les congés payés, chers à tant (à tous ?) de travailleurs.

Les congés payés, qu'est-ce que c'est ?

Pour bien commencer, il faut tout d'abord définir correctement les congés payés. En France, la loi est claire les concernant. L'article L3141-1 du Code du travail déclare que "tout salarié a droit chaque année à un congé payé à la charge de l'employeur." Chaque mois de travail réalisé donne le droit à 2,5 jours de congés, soit 30 jours (dont 25 ouvrables) ou 5 semaines par an. Pendant cette période, l'employeur verse au salarié une indemnité de congés égale à son salaire habituel.

De plus, depuis mars 2012, il n'est plus nécessaire d'avoir travaillé au moins 10 jours pour avoir le droit à des congés payés : l'ouverture des droits est automatique. Traditionnellement, les entreprises demandent aux employés de poser leurs jours de congés entre le 1er juin de l'année en cours et le 31 mai de l'année suivante. Cette période est dite "de référence". Si jamais le nombre de jours de congé n'est pas entier, il faut arrondir au nombre supérieur. 3,75 deviendront 4 jours, 8,5 : 9, etc. Si vous avez travaillé moins d'un mois, le congé est calculé au prorata du temps de travail effectué. Les premiers congés payés, les "bank holidays"

La notion même de congés fut pendant longtemps presque inexistante, les droits des travailleurs n'étant pas une question fondamentale sous l'Ancien régime et presque encore moins pendant la révolution industrielle. Les paysans travaillaient sept jours sur sept et les ouvriers six, le dimanche étant chômé pour des raisons religieuses.

Partir en vacances n'était pas non plus une idée répandue. Bien évidemment, de tout temps, les personnes les plus aisées, nobles, puis très riches propriétaires pouvaient profiter selon les saisons de leurs maisons/manoirs/châteaux dans leurs terres de province, mais on ne parlait pas vraiment de vacances.

Pour voir apparaître les premiers "vrais" congés payés, il faut remonter à 1834, en plein boom de la révolution industrielle, en Angleterre. La Bank of England, lasse des 33 jours fériés annuels pour cause religieuse accordés à ses employés, décide de réduire ce nombre à 4 : le 1er mai, le 1er novembre, le Vendredi Saint et le 25 décembre. Mais elle annonce dans le même temps qu' " en échange " de cette réduction, les 4 jours seront rémunérés. Ce sont les "bank holidays", les ancêtres de tous les congés payés. En 1871, le gouvernement de sa Majesté décide d'étendre les "bank holidays" à l'ensemble des travailleurs britanniques.

Et Napoléon III inventa les congés payés (pour les fonctionnaires)

En France, quand on pense aux congés payés, on se remémore tout de suite 1936, le Front Populaire et Léon Blum. Et même si ce n'est pas tout à fait faux ce n'est pas complètement vrai non plus. En effet, les premiers congés payés datent du 9 novembre... 1853 ! Presque fraîchement (auto)proclamé empereur des Français, Louis-Napoléon Bonaparte signe un décret (impérial) octroyant 15 jours de congés payés aux fonctionnaires de l'État.

Les conventions collectives avant la loi

Avant 1936, l'Allemagne est à l'avant-garde des congés payés, même s'il faudra attendre 1963 pour voir une loi fédérale généralisant quatre semaines de congés payés en RFA. Mais dans les faits, dès 1903, un régime de congés profite aux travailleurs du secteur de la brasserie. Plusieurs conventions collectives vont se développer, si bien qu'avant 1933, 8 000 conventions permettent à près de 80 % des employés allemands de disposer de plusieurs jours de congés par an.

Par la suite, les congés payés se répandent selon les entreprises. De plus en plus de sociétés vont proposer des congés à leurs salariés, comme les usines de gaz qui octroient 12 jours en 1910, ou encore la Compagnie du Chemin de fer Métropolitain de Paris, CMP (aujourd'hui RATP), qui accorde 21 jours de congés payés annuels en 1919, après de grandes grèves.

Ce modèle allemand, par convention collective, va ainsi se répandre à travers toute l'Europe avant la Seconde Guerre mondiale. Des tentatives gouvernementales vont émerger, sans jamais durer. Comme en Italie en 1927, où le gouvernement fasciste avait instauré le principe de congés payés dans sa Charte du Travail, mais sans en encadrer la durée de ceux-ci. L'Espagne républicaine avait aussi tenté d'imposer 17 jours de congés payés en 1931, mais la guerre civile, puis le régime franquiste ont fait végéter cette réforme jusqu'en 1947.

1936, les congés payés pour tous

Nous arrivons à la date que nous connaissons tous, mais n'allons pas trop vite. Revenons d'abord un peu en 1922. "L'Information", quotidien économique et politique de la place parisienne, connaît un petit bouleversement. Son directeur technique, J.J. Durand arrive à obtenir des congés payés pour les employés du journal de la part des propriétaires. Parmi les chanceux bénéficiaires, un certain Léon Blum, alors rédacteur, qui restera marqué par ce changement.

14 ans plus tard, après des élections législatives restées célèbres, le 3 mai 1936, le Front Populaire (rassemblement du parti communiste, des radicaux et de la SFIO), arrive au pouvoir et Léon Blum est nommé président du Conseil. Dans la foulée, de grandes grèves éclatent pour s'assurer que le nouveau gouvernement applique les réformes sociales promises pendant la campagne : limiter la durée du travail hebdomadaire à 40 heures, la revalorisation des salaires, et bien évidemment, l'instauration des congés payés (même si ces derniers ne figuraient pas au programme du Front Populaire puisque le parti communiste y était opposé).

Le 11 juin 1936, la loi est votée à la Chambre des députés (ancêtre de l'Assemblée Nationale). Elle permet à tous les salariés liés à un employeur par un contrat de travail de disposer de 14 jours de congés payés par an dès qu'ils ont au moins un an de travail continu, et une semaine pour six mois. Fait rare, le texte est voté à l'unanimité des 592 votants. C'est peu dire que les vacances firent consensus. Dès 1936, 600 000 Français vont profiter de la loi nouvellement promulguée ; ils seront presque 2 millions en 1937.

Après la guerre, les congés payés vont voir leur durée progressivement augmenter. En 1956, sous le gouvernement de Guy Mollet, les salariés obtiennent trois semaines, puis quatre semaines en mai 1969 lors de la présidence par intérim d'Alain Poher. La dernière vraie augmentation commence à dater puisque l'instauration de la cinquième semaine de congés payés remonte à 1982, sous la présidence de François Mitterrand.

Les congés payés dans le monde

La plupart des pays fortement industrialisés ou en développement proposent des jours de congés payés à leurs salariés. Selon qu'ils soient attribués en fonction de leur ancienneté ou de leur statut, le nombre de jours, en général, se situe entre 20 et 30. Il faut ajouter à ce chiffre les jours fériés payés, souvent une dizaine.

En Europe, en nombre de jours de congés payés, les champions sont les Maltais qui, avec 24 jours de congés et 14 jours fériés, culminent à 38 jours par an (égalité avec les Autrichiens). Ils sont suivis par les Polonais (26 jours de congés et 11 jours fériés pour un total de 37 jours de congés payés par an) puis par les Britanniques (28 jours de congés et 8 jours fériés pour un total de 36 jours).

Alors que la plupart des pays ont adopté un système général de congés payés, il reste un irréductible qui n'a toujours pas légiféré et pas des moindres : les États-Unis. En effet, au pays de l'oncle Sam, point de loi fédérale ou même régionale pour les congés payés. Théoriquement le travailleur américain n'a donc aucun jour de congé, mais a tout de même le droit à 10 jours fériés. Dans les faits, au pays de la libre entreprise, ce sont les compagnies qui ont toute latitude pour donner des congés payés à leurs salariés. En moyenne, elles offrent 15 jours par an. Bien entendu ce chiffre fluctue en fonction des sociétés, de l'ancienneté, du poste, etc.

En Chine, le système est assez particulier. Il existe depuis 1999, des "semaines d'or" qui correspondent à des célébrations religieuses. La "semaine d'or du festival de printemps" (ou semaine d'or de l'année de la nouvelle lune chinoise) qui commence en janvier ou en février, suivant la date du nouvel an chinois. La "semaine d'or du jour de la fête nationale", qui débute le 1er octobre. Et enfin, une troisième semaine d'or existait jusqu'en 2007 : la "semaine d'or du jour du travail" qui commençait le 1er mai. Pour chaque "semaine d'or", les entreprises sont tenues d'accorder au moins 3 jours ouvrables de congés payés à leurs salariés. Aujourd'hui, après réformes, on compte environ 10 jours de congés payés et 11 jours fériés.

En tout cas, maintenant que vous savez d'où viennent vos vacances, on vous les souhaite les plus agréables et reposantes possible !