La presse, les réseaux sociaux, les patrons ou encore les observateurs utilisent depuis un moment le terme "uberisation". Ce néologisme est apparu en 2014, avec l'arrivée fracassante de la start-up californienne Uber. Gros succès économique, cette dernière permet de mettre en relation via une application mobile des chauffeurs et des particuliers qui souhaitent se déplacer. Avec la popularisation de celui qui est devenu leader des applications VTC, le terme "uberisation" s'est étendu petit à petit à d'autres secteurs, tels que :

  • l'hôtellerie (Airbnb, HomeAway...),
  • la musique (Spotify, Deezer...),
  • les transports (Drivy, OuiCar, Koolicar...),
  • la finance (Kisskissbankbank, Lendingclub...)...

Ainsi, le succès de ces entreprises se fondent essentiellement sur l'essor du numérique mais aussi la généralisation du smartphone, du haut débit et de la géolocalisation, qui leur a permis de se développer en créant des sites en ligne et des applications mobiles. Ainsi, si une personne souhaite accéder à un service, elle pourra se rendre sur ces plate-formes et trouver des personnes qui proposent des ressources (une voiture avec chauffeur, un appartement à louer pour les vacances, etc.). Aujourd'hui, chacun peut alors proposer ses services moyennant quelques dizaines, ou parfois même quelques centaines, d'euros. Pour chaque transactions faites, les entreprises se rémunèrent généralement en prélevant une commission. Mais il faut savoir que l'arrivée de ces nouveaux acteurs suscitent de nombreux débats...

L'uberisation, une chance pour l'économie ?

Pour les défenseurs de l'uberisation, bien évidemment, ce phénomène est synonyme de plus de pouvoir d'achat pour le consommateur, qui est une véritable aubaine pour lui. En effet, les coûts sont très avantageux et les consommateurs ont l'impression de pouvoir accéder à plus de services qu'auparavant. Par exemple, Blablacar.fr, application française qui permet de voyager en covoiturage avec d'autres particuliers, estime que le prix d'un trajet est en moyenne de 0,065 € le kilomètre. Même constat pour Airbnb.fr, qui permet aujourd'hui de se loger pour les vacances à des prix, la plupart du temps, inférieurs à ceux de l'hôtellerie. Pour les services de plomberie, de bricolage ou de jardinage, Hellocasa.fr, qui met en relation des clients et des professionnels est un site connu pour proposer des tarifs moins chers. L'uberisation a fait même naître des services dans des secteurs inattendus. Testamento.fr est un site qui permet à une personne de réaliser un testament en ligne sans passer par un cabinet notarial. Quand à la plate-forme Youstice.com, elle aide les consommateurs à régler en ligne certains litiges.

D'ailleurs, les prix avantageux ne se traduisent pas forcément par une mauvaise qualité des service. En effet, la plupart des applications garantissent souvent une certaine qualité de service, en permettant de laisser une note et des commentaires. Ainsi, les clients et consommateurs sont amenés à donner leurs avis pour permettre aux autres de savoir si le service sera bien effectué. Sur Airbnb, par exemple, il est possible de savoir si le logement vaut bien son prix, puisqu'il est noté par chaque voyageur sur de nombreux critères (confort, propreté, situation géographique...). De même chez Uber, il faudra attribuer des étoiles à son chauffeur à la fin de la course.

Enfin, il est possible de considérer l'uberisation comme une réelle opportunité car elle incite les acteurs historiques des différentes professions à s'améliorer et ainsi à améliorer leur offre en baissant leur prix ou en proposant des services innovants. Tout le monde y trouve donc son bénéfice, que ce soit du côté des professionnels que celui des consommateurs. Ces derniers sont d'ailleurs de plus en plus nombreux, car ces plate-formes attirent de nouveaux clients qui n'avaient pas l'habitude d'utiliser ce type de service. Ainsi, l'uberisation pourrait faire augmenter la taille des marchés concernés.

L'uberisation, une menace pour d'autres...

Mais certains secteurs se retrouvent impactés. Les détracteurs y voient plusieurs points noirs pour l'économie. Généralement, les reproches faits à l'uberisation restent les mêmes, on parle souvent de :

  • concurrence déloyale,
  • destruction de l'emploi,
  • et d'un service à bas prix.

Par exemple, dans le secteur du transport, l'uberisation fait trembler la SNCF car en France, près d'1,5 million de personnes préfèrent voyager avec Blablacar, roi du service de covoiturage, comme l'atteste les chiffre de l'Observatoire de l'Uberisation. Il faut dire que le service de covoiturage a affiché une croissance de 200 % de 2013 à 2015. Uber ou même Airbnb, ont également dû se confronter aux acteurs des entreprises de leur secteur respectif. Tout le monde se souvient de la guerre qui confrontaient les taxis, Uber et autres VTC, mais aussi de la grogne des hôteliers, qui ont vu la fréquentation de leur établissement baisser face à la concurrence que lui font les plate-formes de location de réservation de logements de particuliers.

Les détracteurs y voient, en fait, une concurrence faussée. En effet, les règles ne sont pas les mêmes de chaque côté, mettant ainsi en danger les acteurs historiques. Si l'on reprend l'exemple des hôtels, ces derniers doivent appliquer la TVA sur le prix des chambres et ils sont soumis à certaines normes d'hygiène et d'accessibilité. Cela n'est pas le cas, par exemple, pour les logements proposés par Airbnb. D'autres y voient également une manière de détruire les secteurs traditionnels, la désintermédiation d'une activité et la précarisation. En effet, beaucoup de critiques ont fusé autour du fait que les personnes qui travaillent pour les sociétés de l'uberisation n'en sont pas salariés. Elles n'ont donc pas de revenus assurés.

Jusqu'où va aller l'uberisation de l'économie ?

L'uberisation crée donc des richesses mais elle peut aussi s'avérer destructrice. Aujourd'hui, il est encore difficile de dire de quel côté penchera la balance, mais il semble tout de même difficile de réduire l'ampleur du phénomène. En effet, après les taxis, les hôtels, la restauration... L'uberisation s'impose désormais partout. L'Observatoire de l'Uberisation affirme que l'on pourrait uberiser aussi bien la Sécu, la drague, le paiement sans contact, les brasseries, les moto-taxis ou encore la médecine... Selon Grégoire Leclercq, président de la Fédération des auto-entrepreneurs, ce phénomène devrait s'accélérer : "En 2013, seulement 5% des Français avaient entendu parler de l'économie à la demande. Ils sont désormais 45% à avoir au moins consommé une fois sur une de ces plate-formes". Cité par RTL, Boris Descarrega, responsable d'études socio-économiques à l'Observatoire Société et Consommation, estime, quant à lui, qu'"il ne faut pas sous-estimer les évolutions qui sont en cours. Des sociétés comme celles-ci, qui n'existaient pas il y a quelques années, font déjà l'objet d'une valorisation boursière qui se compte en milliards d'euros".