La monnaie n'a pas toujours existé sous la forme que nous connaissons. Bien avant d'utiliser des pièces ou des billets, les peuples de la Haute Antiquité utilisaient le sel, les coquillage, des perles et bien d'autres objets qu'ils estimaient avoir de la valeur. Les Grecs et les Romains, quant à eux, réglaient leurs transactions en se servant du boeuf comme unité de référence. D'ailleurs, le mot "pécuniaire" vient du latin "pecus" qui signifie "troupeau". L'idée de frapper des pièces en métal précieux est née vers 650 av. J-C, autour de la mer Égée. Mais l'invention de la monnaie, au sens actuel du terme, est véritablement attribuée au roi de Lydie qui, en 687 av. J-C, a eu l'idée de substituer aux lingots d'or des morceaux d'électrum. Cet alliage présente multiples avantages : poids invariable, même forme et possibilité de marquer un signe authentifiant leur étalonnage.

Cette idée ingénieuse est alors rapidement adoptée et reprise à travers les siècles et par la plupart des peuples. Chacun souhaitant imposer leur propre monnaie. En 781 notamment, Charlemagne a tenté d'unifier le système monétaire pour faciliter et développer les échanges commerciaux. Il remplace alors les pièces anciennes par une nouvelle monnaie frappée en argent. L'unité de base reste le denier, mais un nouvel étalon apparaît : la livre (qui vaut 240 deniers). Des Mérovingiens aux Capétiens, en passant par les Carolingiens et les seigneuries, chacun en a profité pour battre ses propres monnaies pour afficher sa puissance. En 1360, on assiste à la naissance du franc à cheval, remplacé deux siècles plus tard par l'écu. Ce dernier est réintroduit avec le liard en cuivre par Louis XIII, qui en profite également pour créer le fameux Louis d'or.

Enfin, les monnaies révolutionnaires font leur apparition dès 1789. En effet, le système monétaire n'a pu échapper aux changements engendrés par l'abandon de la royauté. A partir de 1792, la Constitution et la Convention modifient les monnaies à l'effigie de Louis XVI au profit du Sol aux Balances et de l'écu. C'est également à cette période qu'on assiste à l'avènement de la monnaie papier, les assignats. Mais par manque de garantie, ceux-là sont abandonnés seulement quelques années plus tard. Le franc fait alors son retour avec une nouveauté : le système décimal pour ses subdivisions, qui s'apparentent aujourd'hui aux centimes. En 1924, alors que la France subit un effondrement général de l'économie, le président Raymond Poincaré tente de dévaluer le franc pour revenir à l'étalon Or, en vain. Léon Blum, à son tour, est obligé de dévaluer à nouveau le franc en 1936, sa valeur rechute jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. En 1960, sous Pinay, le général de Gaulle crée le Nouveau Franc, qui valait alors 100 anciens francs. En 1991, les pays Européens signent le traité de Maastricht, qui prévoit l'émission d'une monnaie commune. Le 1er janvier 1999, l'euro voit alors le jour...

Voici pour bien comprendre les dates essentielles de l'histoire de la monnaie en France :

Les trois rôles de la monnaie

La monnaie est véritablement apparue pour résoudre des problèmes rencontrés lors des échanges commerciaux, par exemple. Elle présente de multiples avantages. Voici ses trois grandes principales fonctions :

Intermédiaire des échanges : la monnaie facilite le système de troc

Le tout premier rôle de la monnaie est celui dont je fais l'expérience chaque jour, à savoir servir d'intermédiaire pour échanger des biens de consommation, ce qui revient à faciliter le système du troc. En effet, dans une société réduite à la taille d'un petit village, le troc est possible. Il suffit que chaque habitant produise un bien spécifique dont la communauté a besoin et en quantité suffisante pour que chacun dispose d'au moins un exemplaire. Par exemple, si le village compte 100 habitants, le boulanger devra produire 100 baguettes par jour, le cordonnier 100 paires de chaussures, etc. Chaque personne se rend alors sur le marché et échange ses biens avec ceux des autres pour que tout le monde en profite. Mais cela pose un problème, et non des moindres : que faire si je vends des baguettes contre des oeufs mais que le marchand d'oeufs, lui, ne veut pas de pain ?

Dans nos sociétés modernes, où le nombre d'habitant se compte en dizaine de millions, un tel système est impossible à mettre en place. La monnaie est alors considérée comme un bien, au même titre que la baguette, la paire de chaussures... à la différence qu'elle sert de référence pour tous les autres. Le boulanger vend ses baguettes, récupère ainsi une certaine quantité de monnaie puis il peut procéder à un nouvel échange pour acquérir une paire de chaussures (ou n'importe quel autre bien qu'il désire).

Unité de compte : elle sert de thermomètre pour mesurer la valeur

L'ensemble du village se met alors d'accord pour afficher le prix de tous les biens à travers un seul : la monnaie. Elle devient donc un moyen de comparer la valeur de chacun des autres biens sur le marché. On ne dit donc plus combien de baguettes valent une paire de chaussures ou combien d'oeufs valent un téléphone portable, en revanche on dit qu'une baguette vaut 0,80 €, une paire de chaussure 60 € et un téléphone 750 €. La monnaie devient donc une unité de mesure pour la valeur d'un bien (ce qui permet de fixer les prix) au même titre qu'un mètre-ruban mesure une distance et un thermomètre mesure une température.

Réserve de valeur : elle doit me permettre d'épargner

Enfin, pour fonctionner et être acceptée dans une société, la monnaie doit servir de réserve de valeur : il doit donc être possible d'épargner. Si mes chaussures ne sont pas usées, pourquoi en racheter ? Je dois pouvoir conserver la monnaie afin de reporter une dépense à un moment où j'en aurai vraiment besoin. On dit alors que la monnaie doit être capable de transférer du pouvoir d'achat dans le temps. Si on reprend l'exemple du village qui fonctionne au troc, la baguette de pain qui sort du four a une certaine valeur, mais quelques jours plus tard lorsque le pain est complètement rassis, il ne vaut plus rien. En revanche une pièce de 2 € que je retrouve derrière un meuble et qui est restée là pendant des années me permettra quand même d'aller acheter quelque chose chez un commerçant (une baguette de pain par exemple...). C'est pour cela que dans toutes les sociétés qui ont mis en place un système monétaire, le bien utilisé pour servir de monnaie est souvent en métal ou en un matériau résistant (coquillages, pierres précieuses...).

Les trois grandes formes de la monnaie

La monnaie n'a eu de cesse de changer d'apparence et de formes au fil des siècles. Aujourd'hui, on en distingue trois :

La monnaie fiduciaire : les pièces et les billets

C'est la forme de base de la monnaie, celle que j'utilise le plus souvent dans mon quotidien : les pièces et les billets. La particularité de la monnaie fiduciaire est que sa valeur nominale (le chiffre 2 sur une pièce de 2 €, le chiffre 50 sur un billet de 50 €, etc.) est différente de sa valeur intrinsèque (avec une pièce de 2 € je peux acheter un bien qui à une valeur de 2 €). Ceci ne peut être vrai que grâce à la confiance que l'ensemble des habitants placent dans la monnaie : quel que soit le lieu où je me rends sur le territoire (avec l'euro il s'agit de tous les pays de la zone euro), avec un pièce de 2 €, je pourrai acheter un bien d'une valeur de 2 €. Notez que "fiducia" en latin signifie "confiance". C'est d'ailleurs un des premiers et des plus importants rôles d'une banque centrale : faire en sorte que la monnaie puisse être utilisée comme valeur d'échange et comme moyen de paiement partout sur le territoire et aussi longtemps que possible dans le temps.

En Europe, ce sont les Grecs qui font le plus usage des pièces et des billets. Voici les chiffres de 2014 de la Banque de France, exprimant les retraits effectués aux distributeurs rapportés à la valeur totale des opérations au PIB (exprimés en %) :

La monnaie scripturale : les chèques et les relevés de compte

Il s'agit de la monnaie "écrite", qui comprend les relevés de compte et les chèques. Lorsque je fais un dépôt d'argent sur mon compte, je donne des billets au guichet de ma banque. Bien évidemment, les établissements bancaires ne disposent pas d'un coffre pour chacun de leurs clients. La monnaie fiduciaire est stockée dans un endroit sûr. Mon dépôt se matérialise alors par un relevé. Ainsi, si j'ai 1 000 € sur mon compte c'est parce que ma banque a écrit sur mon relevé qu'il y a effectivement 1 000 €. Tout comme la monnaie fiduciaire circule lorsque je fais un achat, la monnaie scripturale circule, elle, lorsque je fais un virement où un paiement par chèque.

La monnaie électronique : les cartes magnétiques

Il s'agit des supports électroniques ou magnétiques qui permettent de stocker une certaine quantité d'argent. Nous avons l'habitude de la voir sous la forme de la carte de cantine de mon entreprise (ou de mon lycée) ou la carte de titres restaurants. Je peux la recharger aussi bien avec de la monnaie fiduciaire (pièces ou billets que je donne au guichet de la cantine par exemple) ou avec de la monnaie scripturale en faisant un virement.

Voici les différents usages de moyens de paiements exprimés en pourcentage, en France et dans toute l'Europe (chiffres de 2013, recueillis par la Fédération Bancaire Française) :

Les moyens de paiement en France et en Europe

Sans oublier le rôle des monnaies locales

De nombreuses villes en France ont mis en place une monnaie locale, également appelée monnaie complémentaire. Elles ont la particularité de ne pouvoir être utilisées que dans des zones bien définies (une, ville, un département ou une région) et par un nombre restreint d'acteurs économiques. Elles s'incarnent exclusivement en tant que monnaie fiduciaire mais elles peuvent être utilisées en tant qu'intermédiaire des échanges et comme réserve de valeur. Elles ne jouent en revanche pas le rôle d'unité de compte, tout simplement parce que leur cours est "adossé" à celui de l'euro, autrement dit 1 unité de monnaie locale est forcément égal à 1 €. Leur rôle est plus social que réellement économique. En effet, les monnaies locales servent avant tout à inciter les personnes à faire leurs achats chez des commerçants locaux.

Voici une carte des monnaies locales, cliquez sur les punaises pour en savoir plus :