Le pouvoir d'achat : qu'est-ce que c'est ?

Le pouvoir d'achat est un indicateur économique qui révèle la quantité de biens et services qu'un ménage peut consommer en fonction de ses revenus. Il dépend donc de deux facteurs : les revenus et le coût de la vie. Mais ces deux notions sont plus complexes qu'il n'y paraît car il y a de nombreux paramètres à prendre en compte :

  • Les revenus : un ménage peut avoir un ou deux salaires, il peut percevoir des prestations sociales et il peut aussi toucher des revenus grâce à ses placements ou à son épargne. À cela, il faut ensuite soustraire les impôts et les taxes.
  • Le coût de la vie : cette statistique est mesurée par l'Insee et porte le nom d'indice des prix à la consommation (IPC). Pour établir l'IPC, l'Insee relève le prix de plus de 200 000 biens et services représentatifs des habitudes de consommation des Français ; et ceci tous les mois.

À quoi ça sert ?

Ces biais méthodologiques montrent bien que la mesure du pouvoir d'achat n'a pas vraiment de sens sur le plan individuel. Malgré cela, son évolution est scrutée par les acteurs économiques car c'est une donnée primordiale dans notre économie. Son niveau conditionne en effet certaines revalorisations importantes comme le prix des loyers, le montant des retraites ou le niveau des pensions alimentaires. De plus, lorsque le gouvernement souhaite mettre en place une certaine politique fiscale ou sociale, il va commencer par mesurer l'impact qu'aurait cette politique sur le pouvoir d'achat.

Depuis la mise en place de l'euro, l'évolution du pouvoir d'achat a connu deux phases bien distinctes.

Première phase : de la mise en place de l'euro à la crise des subprimes

Contrairement à une idée reçue bien tenace, l'arrivée de la monnaie unique a été suivie d'une hausse du pouvoir d'achat. En effet, de 1999 (l'euro n'est alors utilisé que sur les marchés financiers) à 2003, il augmente en moyenne de 2,4 % par an. S'il est vrai que l'euro a entraîné une hausse des prix de certains produits, ces augmentations n'ont pas été uniformes tant et si bien que l'inflation est restée relativement stable. À l'inverse, le gouvernement de l'époque a fait baisser d'un point le niveau de la TVA et a voté plusieurs réductions d'impôts ; ce qui explique cette hausse assez nette du pouvoir d'achat. L'explosion de la bulle Internet, en 2001, a secoué les marchés financiers. Pourtant, cette crise économique n'a eu que de faibles répercussions sur le pouvoir d'achat, qui a alors connu une légère baisse avant de repartir à la hausse.

L'année 2003 est en revanche un peu plus dure pour les ménages. Le chômage augmente, les salaires stagnent, ce qui mécaniquement conduit à une baisse du pouvoir d'achat. Mais la reprise va arriver dès l'année suivante, avec des entreprises qui se mettent à embaucher et à proposer de meilleurs salaires. Conjointement, la politique menée par la Banque centrale européenne (BCE) permet de contenir la hausse des prix (l'inflation) ce qui naturellement permet aux ménages français d'augmenter leur niveau de consommation ; un état de grâce qui va durer jusqu'à la fin de l'année 2007.

Au final, on retiendra que sur les premières années de l'euro, le pouvoir d'achat aura connu une hausse de 1,6 % par an en moyenne, du jamais vu dans notre économie.

Deuxième phase : de 2008 à aujourd'hui

2008 restera dans les mémoires comme l'année où a eu lieu la crise des subprimes. Pendant des années, les banques américaines ont accordé des prêts aux ménages pour que ces derniers puissent devenir propriétaires de leur maison, ceci sans être trop regardant sur leur capacité de remboursement. Lorsque les banques se sont rendu compte que de plus en plus de ménages ne pourraient pas rembourser leur crédit, le système financier est parti en faillite et a entraîné toute l'économie mondiale.

En France, cela a conduit à une baisse drastique de l'économie, entraînant un chômage de masse et le retour de l'inflation, les antagonistes du pouvoir d'achat. Celui-ci plonge de 1,1 % en seulement neuf mois, une baisse jamais vue depuis 1984. La baisse française est toutefois relative, comparée aux autres pays européens, notamment grâce à notre modèle social qui a atténué le choc du ralentissement économique. Le gouvernement de l'époque fait le choix de soutenir le pouvoir d'achat en jouant sur la corde fiscale. Des allègements d'impôts, comme la défiscalisation des heures supplémentaires ou des primes exceptionnelles (la prime à la casse par exemple) vont alors être votées pour minimiser le choc créé par cette crise financière.

Le revers de la médaille de cette politique est une forte hausse du déficit public, par ailleurs observée dans de nombreux pays européens et plus largement occidentaux. Sous la pression de l'Allemagne, via les directives européennes, les années 2009 à 2013 sont marquées par des politiques de consolidation budgétaires comme la chasse aux niches fiscales ou une plus forte taxation de l'épargne. Ces années sont aussi marquées par une forte hausse du chômage qui, couplée à la politique d'austérité, a entrainé une baisse du pouvoir d'achat.

À partir de 2014, le pouvoir d'achat va bénéficier d'un triple coup de pouce :

Une inflation très faible, due à la politique monétaire de la BCE.

Le CICE qui permet à bon nombre d'entreprises d'augmenter les salaires (principalement la catégorie des cadres).

Une fiscalité réduite.

Ainsi, sur la période 2008 à 2017, le pouvoir d'achat a augmenté en moyenne de 0,4 % par an.