Le passage à l'euro n'a pas entraîné une accélération de l'inflation comme peuvent le penser certains. En effet, l'Insee a apporté la preuve du contraire dans une étude publiée fin mai 2017. De 2002 à 2016, les prix à la consommation ont augmenté de 1,4 % en moyenne par an, ce qui est "nettement inférieur au rythme moyen de l'après-guerre au milieu des années 1980 (+ 10,1 % par an en moyenne)", fait remarquer l'institut.

Les auteurs de l'étude notent également que la hausse des prix n'a dépassé le seuil des 2 % qu'à quatre reprises. A chaque fois d'ailleurs, les causes avaient été bien identifiées et il ne s'agit pas du passage à l'euro :

  • en 2003, 2004 et 2008, il s'agissait de causes climatiques ayant un impact sur les produits frais,
  • en 2008 et 2001, les raisons étaient géopolitiques touchant les produits pétroliers,
  • enfin, il pouvait aussi s'agir de décisions de santé publique, avec la hausse du prix du tabac, par exemple.

Une inflation modérée

En 2009, 2015 et 2016, le niveau des prix a quasiment stagné. L'étude soutient que cette pause serait en lien avec le "repli des cours internationaux de matières premières, notamment du pétrole", et donc toujours pas en rapport avec l'arrivée de l'euro.

D'autre part, si on ne retient que l'inflation sous-jacente, c'est-à-dire hors prix des produits les plus variables comme l'énergie, le pétrole ou les produits alimentaires, elle reste encore modérée. En effet, la moyenne tombe à + 1,2 % depuis 2002 et + 0,5 % depuis 2013. Selon l'étude, le fait de changer de monnaie a eu un impact minime sur les prix, de l'ordre de + 0,1 % à + 0,2 %.

Décalage avec la perception des Français

Pourtant, même avec ces chiffres, le ressenti des ménages français est tout autre. En effet, l'étude souligne la grande divergence entre mesure et perception de l'inflation. Elle a d'ailleurs "longtemps perduré et ne s'est résorbée qu'au cours des années récentes", souligne les auteurs de l'étude.

Pour l'Insee, ce phénomène s'explique par le fait certains, qui ont connu le franc, gardent en mémoire le dernier prix du produit dans cette monnaie. Cela peut être aussi d'ordre psychologique, car l'étude considère que les consommateurs sont plus marqués par les hausses que les baisses, en général. Ils sont aussi plus influencés par le prix des produits achetés fréquemment, comme par exemple la hausse ponctuelle du prix de la baguette. Son prix a bien augmenté de 1,9 % par an, "un peu plus rapide que l'inflation d'ensemble mais sans rupture par rapport à la décennie précédant le passage à l'euro", souligne l'Insee.