Des chiffres exponentiels

" Elle fait la go, qui connaît pas charo... " Que vous soyez jeunes ou moins jeunes, vous avez forcément entendu cette phrase au moins une fois dans votre vie. Elle provient du single " Réseaux " interprété par le rappeur Niska. Celui-ci symbolise à lui seul la popularité croissante de la musique urbaine aujourd'hui. En effet, autrefois méprisée pour ses paroles crues et sa violence, la musique urbaine prend énormément d'ampleur ces dernières années, que ce soit sur le plan financier ou dans les esprits de la population. Pour la deuxième année consécutive depuis 15 ans, le chiffre d'affaires du marché de la musique en France est en croissance en 2017 et s'élève à 583 millions d'euros. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le rap n'y est pas étranger. En effet, sur les 200 albums les plus vendus en 2017, 86 appartiennent au registre " musique urbaine ". On retrouve notamment des artistes tels que Soprano, Nekfeu, Lacrim, PNL, Damso ou encore le groupe toulousain Bigflo et Oli. Le public touché par ce style musical est majoritairement jeune et adepte du streaming. Au total, 16 milliards de streams audio ont été réalisés en 2017, un chiffre 3 fois plus élevé qu'en 2016. Pop, rock, jazz, reggae, variété française, le rap doit son explosion à la grande diversité de ses influences. Le succès est tel que certains considèrent aujourd'hui ce courant musical comme la nouvelle variété.

Les rappeurs font du rap...mais pas que

Cette " hype " autour de la musique urbaine permet à ses acteurs de s'émanciper et d'évoluer dans d'autres domaines. Il n'est pas rare aujourd'hui de voir des rappeurs en partenariat avec les plus grandes marques de textile ou à l'affiche de films au cinéma. Nekfeu par exemple était fin 2017 l'un des personnages principaux du film " Tout nous sépare " avec Catherine Deneuve.

L'image de ce style de musique dans les médias a elle aussi beaucoup évolué. Les rares apparitions de rappeurs dans les journaux ou à la télé étaient quelque peu teintées de mépris. Cette tendance, bien qu'encore présente, tend à s'effacer au fil des années et ces derniers apparaissent désormais pour leur musique et non pas pour des faits extérieurs.

Moins de violence et une popularité grandissante

Dans les années 70, le rap était une musique revendicatrice, utilisée par les rappeurs pour délivrer des messages et exprimer un sentiment d'injustice. Souvent violent, il était associé à des règlements de compte et ne concernait qu'une partie très restreinte de la population. Cette époque est révolue, la musique urbaine est désormais écoutée partout. En France, le rappeur Orelsan a par exemple été sacré 3 fois aux victoires de la musique 2018, dans la catégorie " artiste masculin de l'année " notamment. Hors des frontières hexagonales, en Belgique cette fois ci, Damso s'était vu attribué la réalisation de l'hymne nationale de son pays pour la Coupe du monde 2018. Celle-ci lui a été retirée ensuite à cause d'une polémique sur les propos sexistes présents dans ses musiques. Plus rythmé, moins engagé, chanté parfois, le rap en a pour tous les goûts et c'est cela qui fait sa force.